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Lettres d'adieu de poilus.

  • 10 janv. 2015
  • 4 min de lecture

Verdun, Le 18 mars 1916, Ma chérie, Je t'écris pour te dire que je ne reviendrai pas de la guerre. S'il te plaît, ne pleure pas, sois forte. Le dernier assaut m'a coûté mon pied gauche et ma blessure s'est infectée. Les médecins disent qu'il ne me reste que quelques jours à vivre. Quand cette lettre te parviendra, je serai peut-être déjà mort. Je vais te raconter comment j'ai été blessé. Il y a trois jours, nos généraux nous ont ordonné d'attaquer. Ce fut une boucherie absolument inutile. Au début, nous étions vingt mille. Après avoir passé les barbelés, nous n'étions plus que quinze mille environ. C'est à ce moment-là que je fus touché. Un obus tomba pas très loin de moi et un morceau m'arracha le pied gauche. Je perdis connaissance et je ne me réveillai qu'un jour plus tard, dans une tente d'infirmerie. Plus tard, j'appris que parmi les vingt mille soldats qui étaient partis à l'assaut, seuls cinq mille avaient pu survivre grâce à un repli demandé par le Général Pétain. Dans ta dernière lettre, tu m'as dit que tu étais enceinte depuis ma permission d'il y a deux mois. Quand notre enfant naîtra, tu lui diras que son père est mort en héros pour la France. Et surtout, fais en sorte à ce qu'il n'aille jamais dans l'armée pour qu'il ne meure pas bêtement comme moi. Je t'aime, j'espère qu'on se reverra dans un autre monde, je te remercie pour tous les merveilleux moments que tu m'as fait passer, je t'aimerai toujours. Adieu Soldat Charles Guinant

Octobre 1915 Je crois n'avoir jamais été aussi sale. Ce n'est pas ici une boue liquide, comme dans l'Argonne. C'est une boue de glaise épaisse et collante dont il est presque impossible de se débarrasser, les hommes se brossent avec des étrilles. Par ces temps de pluie, les terres des tranchées, bouleversées par les obus, s'écroulent un peu partout, et mettent au jour des cadavres, dont rien, hélas, si ce n'est l'odeur, n'indiquait la présence. Partout des ossements et des crânes. Pardonnez - moi de vous donner ces détails macabres; ils sont encore loin de la réalité. Jules Grosjean

Le 26 juillet 1915 J'ai vu de beaux spectacles! D'abord les tranchées de Boches défoncées par notre artillerie malgré le ciment et les centaines de sacs de terre empilés les uns au-dessus des autres; ça c'est intéressant. Mais ce qui l'est moins, ce sont les cadavres à moitié enterrés montrant, qui un pied, qui une tête; d'autres, enterrés, sont découverts en creusant les boyaux. Que c'est intéressant la guerre! On peut être fier de la civilisation! Pierre RULLIER

Saint-Denis,le 15 octobre 1914,

Cher papa, Chère maman

Avant de quitter Saint-Denis pour les lignes de feu, je tiens à vous dire mes dernières volontés.

C’est avec conscience et en toute connaissance de cause que j’ai demandé à partir. J’ai voulu rester digne du nom de Christol. C’est le seul et le plus bel héritage que vous puissiez nous transmettre. Vous nous avez toujours dit que nous devions accomplir notre devoir entièrement malgré tous les sacrifices qu’il comporte; le moment est venu, il faut chasser les barbares, les massacreurs de femmes et d’enfants, ceux qui ont détruits l’héritage artistique de nos aïeux et qui ont voulu rabaisser l’homme au niveau des sauvages; il faut chasser tout cela de notre belle France, et pas un Français n’est de trop.

Tous nous devons avec résignation donner notre vie à la Patrie tels les Anciens et nos aïeux de 89, restons dignes d’eux.

Je pars avec votre bénédiction.

Vous êtes tous deux résignés et prêts au dernier sacrifice. Quand vous ouvrirez la présente,je ne serai plus,mais je resterai au fond de vos tendres cœurs. Vous n’aurez pas à rougir de vos pauvres fils et vous pourrez parler d’eux avec fierté.

Je n’ai rien à léguer, vous le savez.

Je voudrais que de temps en temps vous parliez de moi à mes petits neveux,à Pierre surtout,il fut une de mes dernières joies à Saint-Denis.

Je voudrais surtout,et je sais que vous le ferez,que vous consoliez ma chère Andrée.J’ai brisé sa vie en voulant la rendre heureuse.Nous faisions un rêve trop beau tous les deux, les circonstances l’ont changé.

Je sais, mon cher papa,que tu remplaceras le père qu’elle a perdu. Je voudrais aussi,si elle y consent,et si vous faites des lettres de faire-part,qu’elle figure sur elles. Son amour fut grand et mérite d’être récompensé.Nos âmes et nos cœurs ne faisaient qu’un,nos pensées étaient les mêmes.Il ne manquait que la consécration de notre union.

Voici à peu près tous mes désirs et je souhaite de tout mon cœur que vous ne lisiez jamais cette lettre.

Recevez mes plus affectueux baisers.Vous avez toujours été bons pour nous ;il a fallu qu’une guerre barbare détruise la douce maison de la Varenne où j’ai passé de si bons moments près de vous et de la famille.L’homme propose,Dieu dispose. Adieu, j’aurais aimé vous rendre la vie heureuse que vous avez faites à tous,mais hélas ayez du courage, c’est pour la France et la Justice que votre Julien est mort.

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