TPE: La santé dans les tranchées françaises
Des remèdes et protections encore insuffisants mais en développement.
La première guerre mondiale offre un étrange paradoxe, d'un côté la science présente son pire visage avec une sophistication des armes sans précédent et de l'autre, elle se mobilise pour parvenir à soigner mieux et plus vite.
Des conditions de guérison très difficiles et des soins rudimentaires.
- La nourriture et l'hygiène
Les allemands ont très vite apportés un règlement pour faire face aux maladies dûes à l’hygiène et à la nourriture. En effet, les allemands avaient longuement préparés cette guerre, rien n’avait été négligé et l’hygiène avait notamment retenu leur attention. Chaque soldat possédait un petit dictionnaire édité spécialement pour l'invasion en France « Franzôsisches Tornister wôrterbuoh » qui renfermait, outre ce qui concerne la langue et les usages, les dix commandements hygiéniques que le soldat ne devait pas oublier, et qui sont bons à connaître par tous. Les dix commandements d’hygiène du soldat Allemand en campagne résumait toutes les règles de base pour ne pas attraper de maladies ou s’affaiblir la veille d’un assaut. Ces règles étaient appliquées par un plus grand nombre même si certains soldats n'ont pas échappés à des maladies apportées par l’eau non potable ou des fruits crus. Ce dernier commandement est excellent en temps de guerre car ils permettaient à certains soldats d’échapper à la typhoïde (fièvre infectieuse), maladies très présente. Les fruits consommés sont souvent ramassés sur le sol où ils ont pu se contaminer par des germes, de fièvre thyphoïde surtout, apportés par les eaux d'arrosages, par les excréments ou par les fumiers.
Pour prévenir la typhoïde, les allemands avaient dressé tout un plan de campagne. D'abord ils recherchèrent les malades existants et ceux qui avaient été atteints auparavant, car, avec l'apparence de la santé, ils pouvaient conserver très longtemps le germe typhique dans leurs excréments. Dans ce but ils firent passer, dans les maisons, des femmes, aides de laboratoire ou infirmières, qui firent une enquête sur place. Les personnes suspectes, même ayant eu la maladie dans leur jeunesse, reçurent l'ordre de fournir un peu de leurs excréments lesquels furent examinés à Montcornet où se trouvait le laboratoire d'analyses bactériologiques dépendant de l'inspection de la 2' armée. Les malades civils ou les porteurs de germes étaient envoyés au lazaret de Dizy-le-Gros oùils restaient jusqu'à guérison.
Article de journal durant la premiere guerre mondiale
- Amputations sauvages et incapacité d'intervention
La chirurgie est sans doute la discipline qui a la plus progressé en France, par l’obligation d’organisation et la coopération avec échange des savoirs entre les pays. Les « gueules cassées » restent un symbole de la première guerre, ils ont été les cobayes qui ont permis l’essor d’une chirurgie maxillo-faciale reconstructrice. En règle générale, la chirurgie se fait de manière très précoce et souvent au poste de secours pour éviter l’infection des plaies. Toujours dans cette optique d’importants efforts ont lieu sur la stérilisation du matériel, sur l’irrigation continue des plaies, l’utilisation des antiseptiques dont le plus connu est la solution mise au point par Carrel et Dakin, et l’injection de sérum antitétanique. Un regroupement des connaissances de l’époque va permettre de doper l’anesthésie et la réanimation avec un meilleur suivi per et post opératoire.
Amputés de la première guerre mondiale
- Brancardiers et manque d'outils et de matériels
Les brancardiers en 14-18 étaient essentiellement des « dispensés du service en temps de paix ». Séminaristes, prêtres ou instituteurs, ils furent mobilisés pour constituer l'effectif des colonnes d’ambulances. En campagne, les brancardiers sont les convoyeurs réglementaires des blessés. A l'exclusion de toute autre personne, ils sont chargé de les recueillir sur le champ de bataille, de leur appliquer le pansement individuel, de leur donner à boire (les blessés ayant une soif ardente), et enfin de les transporter, s'ils ne peuvent marcher, ou de leur indiquer la route pour gagner le poste de secours et l’ambulance. Les brancardiers ne sont pas nombreux, n’ont pas de compétence et manque de matériels. En effet tout ces hommes n’ont jamais fais d’étude spécifique relatant a la médecine et pratique cette discipline avec les faibles moyens qu’ils possèdent.
Brancardiers portant un corps sur un champ de bataille
Une avancée dans la médecine lente mais prodigieuse au fur et à mesure que la guerre fait rage.
-L'hygiène, une alliée efficace
Le Service de santé qui est présent au front prend conscience que l'hygiène est indispensable pour éliminer les différentes maladies qui coexistent chez les soldats. Chaque bataillon a sa propre équipe sanitaire en vue de minimiser le plus possible la prolifération de maladies, bactéries, virus, et autres.
L'armée Américaine dès son entrée en guerre va constater un manque presque total d'hygiène en France. Les soldats Americains vont alors imposer de nouveaux systèmes comme par exemple 'utilisation de la machine à laver le linge.
Ensuite, lorsqu'on essaye d'améliorer l'hygiène, un facteur très important est l'eau. Donc, il est primordial de pouvoir transporter directement l'eau jusqu'aux tranchées. C'est chose faite grâce à un ingénieur français, Philippe Bunau-Varilla. Celui-ci réussit à capter et à acheminer l'eau au moyen de puits de fortune, de pompes et de tuyaux.
Comme on peut le constater, de nombreuses mesures d'hygiène sont prises lors de cette guerre pour protéger ces soldats qui, tout au long de la journée, croupissent dans les boyaux de la mort. En effet, ces endroits confinés, sales et humides sont des lieux propices à attraper une maladie, à être contaminé ou à contaminer, tant la promiscuité y règne. Il était donc important de s'investir dans la prévention des maladies...
L'Armée Américaine qui lave son linge
Cette amélioration de l'hygiène ne va pas entièrement stopper la multiplication des maladies, des vaccins et des sérums vont alors être mis au point.
-Une avancée dans les sérums et les vaccins
Le sérum est constitué d'antitoxines que l'on a prélevées sur un animal. Lorsque l'on vaccine un animal contre une maladie microbienne ou une toxine, celui-ci crée des anticorps pour la combattre. Il suffit alors de prélever ces antitoxines dans le sang de l'animal pour constituer un sérum. Cela va permettre une lutte rapide chez l'homme.
Au début de la guerre, deux sérums sont utilisés: celui contre la diphtérie et celui contre le tétanos. Ils sont fabriqués grâce au sang des chevaux qui ont développé les bons anticorps. Le sérum antidiphtérique a été créé par Behring et Roux en 1889, celui du tétanos par Roux et Vaillard en 1892. Ces différents sérums ont d'une part sauvés la vie de nombreux soldats mais sont encore aujourd'hui des inventions indispensables pour lutter contre des maladies encore très répendues et notamment dans les pays en développement.
Le vaccin est une substance microbienne morte ou non infectieuse qui est injectée afin d'assurer l'immunité. A la veille de la guerre, il existe seulement deux vaccins : l'un contre la rage « de Pasteur » découvert comme son nom l'indique par Pasteur en 1885 et l'autre contre la fièvre typhoïde découvert par Wright en 1896.
La rage est une maladie mortelle d'origine animale qui peut être transmise à l'homme. La fièvre typhoïde est causée par les bactéries Salmonella. Cette maladie se propage à cause des mains sales et de la mauvaise hygiène, mais aussi par la contamination alimentaire. Il faut convaincre les hauts dirigeants de l'Armée de faire vacciner les troupes. Comme les serums, les vaccins ont été un élément majeur dans l'avancé de la médecine. On peut aussi constater que l'hygiène est directemment en lien avec l'invention de nouveaux vaccins.
Pharmacie et salle de visite à l'Ile de Tatihou en 1916
- Lutter contre les maladies les plus répendues
Tout au long de cette guerre, des maladies plus importantes que d'autres ont dû être étudies pour trouver des solutions pour une guérison.
Nous allons donc nous intérresser à deux maladies aussi meurtrière que l'artillerie: la siphilis et la grippe.
La syphilis est une maladie vénérienne, infectieuse et contagieuse. De nombreux soldats en sont victimes. Lors de permissions ceux-ci succombent aux charmes de prostituées et sont ainsi contaminés.
Au cours du conflit, il faut presque tout inventer au niveau de la pharmacologie. Avant la guerre, il n'existe qu'un seul médicament efficace contre la syphilis : le Salvarsan, aussi appelé le 606. Au terme de nombreuses années de recherche, en 1910, ce médicament a été découvert par le scientifique allemand, Paul Ehrlich. Bien qu'encore au stade expérimental, il est utilisé à grande échelle lors de la Grande Guerre pour lutter contre cette maladie. Il faudra cependant attendre de nombreuses années avant que des médicaments plus performants soient commercialisés.
En 1918, une épidémie de grippe touche le monde entier. Cette grippe venant d'Asie est surnommée « grippe espagnole ». Les populations, déjà très affaiblies à cause des privations et les soldats fragilisés par les conditions de combat ont peu résisté à ce virus. Des mesures sont prises pour diminuer le risque de contagion comme le port de masque, l'interdiction de se réunir, mais cela a peu d'impact. Des médecins militaires ouvrent des hôpitaux pour soldats grippés les obligeant à y rester, même après l'Armistice. Cette épidémie prend fin en 1919, mais elle a entrainé d'énormes pertes à travers le monde...
Grand titre d'un journal francais
-La radiologie
« La radiologie est une partie de la médecine qui utilise les rayons X, les isotopes radioactifs et les radiations non ionisantes à des fins diagnostiques ou thérapeutiques. »
Avant la guerre, la radiologie est très peu employée et l'on doit son essor à plusieurs pionniers dont fait partie Marie Curie.
Marie Curie, physicienne française (1867-1934), a découvert la radioactivité naturelle. Pendant la Grande Guerre, elle se sent investie d'une mission : elle va propager l'imagerie médicale dans les hôpitaux français et belges.
Grâce au soutien de la Croix-Rouge française et d'autres organismes de bienfaisance, elle aménage des limousines données ou prêtées en voitures radiologiques qui seront appelées plus tard les « petites curies ».
Son permis de conduire en main, Marie Curie va se rendre là où les blessés affluent. Elle initie des infirmières aux techniques radiologiques et équipe dix-huit voitures ainsi que deux cents postes fixes de radiologie. A bord de chaque « petite curie » se trouvent un médecin, un technicien en imagerie médicale et un chauffeur. Ces ambulances radiologiques font partie des grandes avancées nées de la guerre 14-18.
Marie Curie au volant d'une «petite Curie»
-Les soins portés aux soldats gazés
Les soldats qui survivent à une attaque de gaz en conservent très souvent des séquelles. Ils ont besoin de soins. Au début de la guerre chimique, les médecins sont inexpérimentés et ne savent pas comment réagir face à ce problème. Tous les moyens doivent être mis en oeuvre pour améliorer la vie de ces soldats. Cependant, le monde médical dispose de ressources très pauvres. Pour Patrick Loodts (Médecin militaire durant la grande guerre), les soins proposés sont "des traitements de survie". Les "gazés" ne guérissent jamais totalement... Les seuls soins sont l'atropine, l'oxygénothérapie et la kinésithérapie.
L'atropine est un médicament opérant en une dilatation des voies respiratoires, ce qui permet aux victimes de mieux respirer. Leurs voies respiratoires fonctionnent moins bien, les poumons des gazés reçoivent moins d'oxygène, l'oxygénothérapie s'impose. Cette thérapie va naitre dans les hôpitaux du front. Avant, cela n'existait pas. Les gazés ont les muqueuses respiratoires fragilisées et vont souffrir de complications : pneumonies, bronchites, tuberculose... La kinésithérapie, spécialité née de cette guerre, va aider les personnes gazées à mieux respirer. Toutefois certains décèdent des semaines, voire des mois après une attaque au gaz, tandis que d'autres survivent avec des séquelles plus ou moins importantes.












